Pèlerinage en Normandie 2007

 

Le but premier de notre pèlerinage en Normandie, est naturellement de nous acquitter de notre devoir de mémoire ; nous pourrions croire, voir même en être persuadé que notre devoir de mémoire envers nos libérateurs ne concerne que les combats qu’ils ont livrés sur le sol de notre pays . Erreur, la première page de l’histoire de notre libération a été écrite sur Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword Beaches ; c’est donc à partir de ces lieux que nos souvenirs doivent porter .

Quoique mon respect et mes remerciement vont vers les soldats de toutes les nations alliées qui ont été impliquées dans ces combats, ma tendance et celle de plusieurs membres de notre association nous ont guidés vers la reconstitution des canadiens parce que et ce surtout dans le sud de la Belgique, ils sont trop souvent des oubliés dans les souvenirs de libération.

Pour entrer dans le vif du sujet, c’est donc le lundi 4 juin qu’avec notre motor-home, vers 18h00 nous étions à Bernières, à proximité de l’emplacement où l’année dernière nous avions monté notre bivouac ; le temps de faire un petit tour des différents monuments et de nous y recueillir, il était l’heure de se mettre au lit.

Le mardi 5 juin nous l’avons passé à rendre des visites de courtoisie chez les Berniérais avec qui nous avions collaboré l’année dernière, et en particulier chez Madame le Maire et à l’office du tourisme ; tous étaient tout à fait ravis de nous revoir, et de constater que nous tenions nos promesses de 2006, à savoir témoigner notre fidélité à cette petite station balnéaire qui le 6 juin 1944 a vu débarquer le Régiment de la Chaudière, et c’est dans cette tenue que Madame le Maire et son premier Adjoint ont souhaité me voir lors des commémorations du lendemain .

Mercredi 6 juin, 63ème anniversaire du D-Day, comme de coutume, c’est à 8h00 sur la digue, face à la maison des canadiens où se trouve le monument en souvenir des Queen’s Own Rifles qu’a eu lieu la première commémoration de la journée, et comme c’est déjà le cas depuis des années, placée sous le patronage de reconstituants hollandais et à notre grande surprise en présence d’un nombre appréciable de personnes.

Étape suivante : à 10h30 au monument à la mémoire du 14ème Régiment de Campagne de l’Artillerie Royale Canadienne, monument à l’inauguration duquel nous avions participé l’année dernière ; là aussi une assistance appréciable, rehaussée par la présence d’un détachement d’artillerie français, et surtout par la présence d’un vétéran.

Dernière étape pour Bernières, la cérémonie place du Canada, avec notamment le monument à la mémoire des « Chauds », là aussi une assistance nombreuse, je dirais même la plus nombreuse ; c’est à cet endroit qu’en compagnie de Madame le Maire et d’autres associations patriotiques j’ai déposé une gerbe de fleurs au nom des Compagnons du Souvenir des Alliés.

Pour terminer cette matinée en toute convivialité, nous fûmes tous invités à prendre le verre de l’amitié à la maison de la mer.

L’après-midi à Courseules, au centre Juno Beach, cérémonie plus officielle, avec une foule nettement plus nombreuse, en particulier plusieurs vétérans, mais dans une ambiance moins chaleureuse ; j’avais revêtu pour la circonstance mon uniforme de la Légion Royale Canadienne .

Comme il nous avait été annoncé une cérémonie sous forme de veillée à 22h00 à Bernières, nous avons donc décidé d’y passer notre dernière nuit.

L’organisation de cette cérémonie nous la devons à nos amis hollandais, qui fidèlement perpétuent la mémoire des Queen’s Own Rifles ; initialement elle devait avoir lieu sur la digue, face à la maison des canadiens, mais un vent du nord relativement soutenu en avait décidé autrement, elle eut donc lieu à l’abri du vent derrière les buissons et les cabines de bain. En fait le clou et l’originalité de cette cérémonie résidait en ceci : 462 bougies furent allumées dans une figure en forme de cœur, autant de bougies que de soldats morts dans ce régiment au cours de sa campagne européenne de la seconde guerre mondiale. Il n’y eut pas de discours mais bien l’évocation de divers faits de l’assaut meurtrier des Queen’s Own Rifles sur la plage de Bernières, l’acte du souvenir fut récité par cœur par un petit garçon d’à peine 6 ans, la sonnerie aux mort et le réveil interprétés par un des hollandais de manière magistrale. Dire qu’il s’agissait d’une cérémonie n’est pas le mot qui convient, une veillée du souvenir est de loin plus à propos, tout le monde était pris par cette ambiance de recueillement, plus d’une personne dont Madame le Maire en avaient la larme à l’œil .

Avant de nous retirer pour la nuit, nous sommes allés dire au revoir à Madame le Maire et à son premier adjoint, qui nous remercièrent chaleureusement de notre présence, en fondant des espoirs de collaboration pour le futur, en particulier pour le 65ème anniversaire, où ils nous ont fait promettre d’être présents comme l’année dernière, quand notre bivouac fit une forte impression sur les Berniérais.

Si nous étions en quelque sorte en vacances, il nous restait encore une mission à remplir : repasser par Dieppe rencontrer un monsieur avec qui Guy Bordeleau nous avait mis en contact, dans le but de nous introduire dans les commémorations de ce 65ème anniversaire du raid du 19 août 1942 . Ce monsieur est le président du Mémorial du 19 août, qu’il nous fit visiter et qui vaut réellement le détour ; cet homme, quoique charmant, n’ayant malheureusement aucun pouvoir de décision au niveau municipal me conduisit à la mairie et me présenta à Madame le premier Adjoint au Maire. J’ai juste eu le temps entre deux portes de lui expliquer notre projet, car elle était retenue par un rendez-vous ; satisfaite que nous soyons intéressés par cette commémoration, elle m’a conseillé d’écrire à Monsieur le Maire et de lui expliquer ce que nous comptions faire . Suivant son conseil, de retour à la maison, j’ai immédiatement envoyé ma missive à Dieppe.

 

 

Commémorer cet événement revêt tout de même une certaine importance, car même si à l’heure actuelle on s’interroge encore sur le bien fondé réel de ce raid, il n’ y en a pas moins eu 907 morts et plus de 1400 blessés, principalement parmi les canadiens. Les raisons supposées de ce raid sont : tester les défenses allemandes, mais aussi ouvrir un deuxième front à l’ouest à la demande de Staline, et enfin, que les canadiens qui étaient déjà en Angleterre depuis deux ans, super entraînés rêvaient d’en découdre avec les allemands ; mais qu’elle est la réelle raison ? Toujours est-il que ces soldats même s’ils sont morts inutilement, l’ont tout même fait pour notre liberté, et c’est une raison suffisante pour se souvenir d’eux.

  

  

Homme libre souviens-toi ici à l’aube du 6 juin 1944 a débarqué le Régiment de la Chaudière

 

Maurice Robens .